jeudi 5 mai 2016

La nostalgie de la simplicité

Des fois, je suis nostalgique. Je pense à ma vie de jeune étudiante qui ne possédait presque rien. La bohème, la liberté... la simplicité!

Comment en suis-je arrivée à accumuler tant de trucs - d'une utilité très variable - dans mon foyer?

Avez-vous remarqué à quel point on commence modestement dans la vie, matériellement parlant? Rappelez-vous lorsque vous vous êtes installé dans votre premier appartement. Souvent alors, on glane des objets par ci par là : l'oncle Jules nous refile une vieille table de salle à manger, la tante Gynet nous lègue un sofa fleuri des années 1980, et les parents nous gratifient d'un vieux set de draps qui ne se qualifierait même pas pour une chambre d'invités, selon les critères de Martha Stewart, etc.

La plupart du temps, dans ce contexte, on a juste la vaisselle nécessaire à sa propre consommation (et à celle de 2-3 invités, gros max), le nombre parfait de serviettes de douche, guère plus. Pas 2-3 manteaux hiver : UN (et pas du tout de manteaux d'entre-saison). Cela fait amplement la job. Que l'essentiel.

Pas de complication pour le ménage : pas de bibelots à épousseter, pas de repassage de linge, une gestion des biens réduite au minimum. Et quand on reçoit les potes, on sert du spaghetti et on ouvre une bouteille de vin à 8 $. Pas de cassage de tête!



Mais le temps passe, et allez savoir pourquoi, les objets se reproduisent entre eux. On veut
du-plus-neuf-plus-beau-plus-moderne. On se tanne de la table de salle à manger coloniale de mononcle, on en a marre du sofa criard de matante. On veut du beau.  On veut progresser socialement. Cela tombe bien, car plus le temps passe, si l'on suit la tendance, mieux l'on est loti sur le plan économique. Cela tombe bien, car plus le temps passe, plus tout le monde fait la même chose autour de soi. Ô combien rassurant!

Il y a maintenant au moins quatre sofas dans ma maison. J'ai un nombre incalculable de serviettes de douche et de gréements de vaisselle - je crois bien que je pourrais recevoir tout le quartier chinois. J'ai quatre manteaux d'hiver, quatre manteaux du catalogue printemps-automne, des sets de draps plein l'armoire (Freud, ai-je inconsciemment le goût d'ouvrir une auberge de jeunesse?). Et je ne vous parle pas du reste.

J'ai tenté de suivre les dernières tendances déco à l'achat de ma maison, mais j'ai rapidement été dépassée par les grands courants de pensée en la matière.

Lorsque je reçois, j'essaie d'épater la galerie et je cuisine pendant des heures. Je ne me permets plus de recevoir avec des spaghettis et je fais minutieusement attention au choix du vin servi, dont le prix pourrait être repéré à la vitesse de la lumière par un invité aux yeux indiscrets, grâce à l'application mobile de la SAQ! Je sens, même si ce n'est pas explicitement formulé, que les gens de mon entourage ont les mêmes pratiques, les mêmes attentes...

Je fais une planification financière serrée, et je culpabilise lorsque je pèche.

Plus rien n'est tout à fait simple.

Plus je vois les objets s'accumuler autour de moi, plus je sens paradoxalement le vide.



2 commentaires:

  1. C'est sur qu'en vieillissant la vie se complexifie un brin! J'ai clairement des domaines de mon existence qui sont plus dispendieux maintenant qu'il y a dix ans. (En photographie par exemple!)

    Heureusement, cela n'affecte pas toutes les sphères...
    On perd parfois de vue que le plaisir de voir des amis est avant tout celui d'être ensemble. Une bonne tradition que l'on a établi ici est souvent d'inviter des gens à cuisiner avec nous. On se procure le tout, mais on termine la préparation du souper à plusieurs en jasant et chacun apporte du vin. Très convivial pour les gens qui aiment cuisiner!

    Mais tout ça fait partie de notre de vie qui a gardé un caractère plutôt étudiant! Plusieurs ne seraient peut-être pas à l'aise dans cette formule!

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    1. Effectivement, la clé est presque toujours de revenir à l'essentiel du plaisir des choses : les êtres, le plaisir d'être avec les proches. De plus, ce ne sont pas les acquisitions matérielles qui s'accumulent au fil du temps qui rendent heureux, mais les expériences positives et les loisirs qui stimulent le bien-être. Ce sont des sujets qui me tiennent à coeur. J'aurai l'occasion d'en reparler. Merci de me lire, ça m'encourage à continuer! :)

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