mercredi 25 mai 2016

Les 6 piliers d’une retraite anticipée au Québec et la fiscalité - Partie III

Le passif fiscal

J’espère ne pas trop vous avoir endormi avec mon orgie de chiffres et d’acronymes. Que retenir de l’article précédent? L’une des choses les plus sous-estimées par tout le monde, incluant les conseillers financiers, est ce que j’appelle le passif fiscal.



Parce qu’ils ignorent le passif fiscal, les conseillers vous diront de cotiser à vos REER peu importe votre situation. Ou que vous devriez y placer vos actifs générant de l’intérêt (comme les obligations et les certificats de dépôt garantis). Cette attitude provient du fait que ces conseillers continuent à propager des informations qui étaient vraies il y a 20 ans quand les taux d’intérêt étaient de 10 % et que les CELI n’existaient pas (un peu comme un autre mythe qui est véhiculé par plusieurs, voulant qu'acheter une maison est une meilleure décision financière que louer). Ah, j’oublie aussi que les mêmes conseillers vous diront des trucs douteux, comme : vous avez besoin de 70 % de vos revenus d’avant la retraite pour votre retraite. Ah ouin? Pis si je gagne 1 million? J’ai vraiment besoin de 700 000 $ par an? C’est bête, moi, je pensais que j’avais besoin... de ce dont j’ai besoin. Ce dont je veux vous entretenir brièvement aujourd’hui, c’est de la différence entre les piliers de votre retraite au niveau de leur passif fiscal respectif.


Reprenons l’exemple de Jack et son portfolio de 750 000 $. Il a donc un actif de 750 000 $, right? Oui, mais non. Tous les portfolios de 750 000 $ ne sont pas égaux.
En fait, le portfolio IDÉAL, ce serait 750 000 $ dans un CELI. Avoir 750 000 $ dans un CELI, ça signifierait n’avoir aucun passif fiscal : vous pouvez retirer l’entièreté du montant et vous ne paieriez pas d’impôts. De plus, le CELI a aussi la propriété d’être les Bahamas sous notre soleil nordique : les rendements ne sont pas imposés non plus. Ni les intérêts, ni les dividendes, ni les gains en capital. Nenni. C’est ce qui le distingue de vos comptes non enregistrés.


Et les REER? Les REER, c’est un piège potentiel. Pas qu’ils sont mauvais, au contraire. Ils sont un piège parce qu’ils vous cachent la vérité. Non seulement ils vous cachent la vérité, la vérité, personne ne la connaît. Combien possédez-vous d’argent? J’ai 750 000 $, non? It depends, comme disait Voltaire. Mettons que vous avez 750 000 piastres dans un REER. Pis mettons que vous avez 71 ans, la date limite pour convertir cet argent en un FERR. En plus de vos autres revenus, vous allez obligatoirement devoir retirer pas loin de 40 000 $, sur lesquels vous allez payer, allez savoir, combien d’impôt? Et c’est là le piège : on le sait pas. Ça va être quoi, le taux d’impôt? Ça dépend. Ben oui, c’est poche. C’était cool sur l’coup, parce qu’en cotisant dans votre REER au moment où vous gagniez 100 000 $ par an, vous mettiez 10 000 $ de côté avec 5 000 $. Le REER, c’est une forme de gratification instantanée. Drôle de dire ça, hein, d’un placement pour la retraite.


Le REER fait quand même deux affaires intéressantes, mais pas si simples à comprendre parfaitement : 1) Il délaie l’impôt à payer. Idéalement, vous voulez délayer vos revenus vers une période de votre vie où votre taux d’imposition sera plus faible. 2) Il permet de combiner (les rendements sur les rendements!) vos rendements à l’abri de l’impôt. Un rendement de 6 %, combiné sur 20 ans, sur lequel on paie 50 % à la FIN, c’est pas mal mieux qu’un rendement de 3 % (impôt  de 50 % payé tu-suite), combiné sur 20 ans. Sur 100 000 $ initiaux, ça retourne 25 000 $ de plus.


Donc, malgré le fait qu’ils représentent un piège, les REER sont le pilier que j’aime le plus, surtout si vous prévoyez une retraite anticipée qui sera basée sur de faibles revenus. Si je pouvais tout mettre dans les REER, je le ferais. Le REER est roi au royaume des haut-salariés frugaux.


Ainsi, Jack, comme vous maintenant, va éviter le piège de penser que 100 000 $ dans un REER, c’est la même affaire qu’avoir 100 000 $ dans un CELI. Parce que, dans le pire cas, 100 000 $ dans un REER, c’est 50 % de moins que 100 000 $ dans un CELI. Pensez-y: ça signifie que vous ne pouvez pas vraiment calculer votre actif net avec précision.


Alors résumons ça dans un beau tableau en trois dimensions avec plein de couleurs et d’animations. Ah pis non, ça me tente pas, juste un tableau ben straight :



Passif fiscal?
Rendement à l’abri?
REER
Oui. Le montant total retiré constitue un revenu imposable.
En partie. Le rendement est composé à l’abri de l’impôt, pis ça, c’est quand même le fun. Mais vous allez un jour payer de l’impôt sur le rendement.
CELI
Non.
Oui. Le rendement n’est jamais imposable :
ni pendant qu’il a lieu dans le CELI, ni lors des retraits.
Placements dans des comptes non enregistrés
Peut-être. Si vous avez des gains en capital (ex. : des actions qui ont pris de la valeur), le placement en question contient un passif fiscal sur 50% du gain
Généralement, non. Par contre, dans le cas des actions (et autres biens générant des gains en capital), tant que vous conservez l’action, le gain est non imposable (il est dit non réalisé). Vous pouvez donc bénéficier de la composition des rendements sur le gain en capital en retardant la vente des actions. Vous pouvez aussi délayer la vente à un moment de votre vie où votre taux d’imposition est moindre. C’est pour ça que vous devriez investir dans des actions que vous souhaitez conserver toute votre vie.


Alors, comme je vous disais, à moins d’avoir un portfolio entièrement dans un CELI ou dans des dépôts à terme, il est difficile d’évaluer votre actif net réel. En effet, dans la plupart des cas, vous avez un passif fiscal qui est à peu près impossible à chiffrer, parce qu’il dépend d’un paquet de paramètres futurs que vous ne connaissez pas aujourd’hui. Mais si vous vous souvenez de la mise en situation de Jack dans la Partie II de cette série, vous avez certainement remarqué que Jack cherche à payer peu ou pas d'impôts à sa retraite. C'est donc dire que son passif fiscal est pratiquement nul et que son actif net est exact! 

Dans le prochain et dernier article de la série, je vais illustrer par un exemple la constitution d'un portfolio d'investissement qui va minimiser votre impôt à payer pendant votre phase d'accumulation et qui contiendra un faible passif fiscal permettant de limiter ou réduire à néant l'impôt à payer pendant votre retraite anticipée.

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