jeudi 19 mai 2016

Les 6 piliers d’une retraite anticipée au Québec et la fiscalité - Partie II

Maintenant que je vous ai peut-être convaincu, dans la Partie I de cette série, que la fiscalité c’est, sinon cool, au moins important, asteur, par où on commence? Je dirais : par la fin.


1) Déterminer combien d’argent vous aurez besoin pour votre retraite anticipée. 2) Déterminer un décaissement de vos actifs pour combler vos besoins financiers qui fera en sorte de payer un minimum d’impôt à ce moment-là. 3) On va enfin pouvoir établir plus tard comment bâtir un portfolio qui sera optimisé pour atteindre cet objectif de 0 $ d’impôt à la retraite.


Prenons un exemple (tous les montants sont en dollars de 2016 afin de simplifier).

Jack a présentement 40 ans et prévoit prendre une retraite ultra-hâtive à 42 ans. Il compte vivre avec un budget annuel de 25 000 $. Je fais ici une hypothèse de budget qui me semble conforme au budget de nombreuses personnes qui veulent quitter le travail très tôt dans leur vie et vivre frugalement. Il s'agit par exemple d'un budget dans le même ordre de grandeur que celui de Mr Mustache et, plus près de nous, de Riche et Relaxe.


On peut séparer le cas de Jack en deux segments de sa vie de futur jeune retraité : le premier segment correspond à la période où il aura entre 42 et 65 ans et celle qui suit.

Jack peut-il payer 0 $ en impôt pendant toute sa retraite? Voyons voir.


D’abord, notons que, compte tenu de sa situation, Jack ne disposera pas de beaucoup de déductions fiscales. En effet, Jack n’est pas un aidant naturel propriétaire de taxi, ayant des enfants vivant en région éloignée, qui garde des aînés à son domicile dont les frais de santé ne sont pas dispensés en région, où il fait de la recherche expérimentale dans le secteur minier. Y’est plate de même, Jack. Considérons donc uniquement le montant personnel de base, et un peu plus pour les déductions liées aux frais de santé. On peut alors assumer que Jack peut gagner jusqu’à 12 000 $ en matière de revenus imposables par année lors de sa préretraite avant de payer des impôts. Avec des personnes à charge, ce montant peut être significativement plus élevé.


Segment 1 : 42 à 65 ans

Voici un exemple de ce que pourrait être la situation financière de Jack à 42 ans, au moment d’amorcer sa retraite.


Portfolio financier (excluant l’immobilier) : 750 000 $


Répartition :


REER : 300 000 $
CELI : 50 000 $
Comptes non enregistrés : 400 000 $


Jack ne reçoit à 42 ans aucun revenu imposable (pensions ou autres), excepté des revenus de dividendes, d’intérêts et de gains en capital dans ses comptes non enregistrés. On pourrait donc assumer que Jack n’a pas de précaution particulière à prendre pendant cette période et qu'il peut simplement décaisser de ses comptes non enregistrés pour retarder le retrait du CELI et des REER, n’est-ce pas? Pas nécessairement.

Ici, Jack pourrait avoir intérêt à chercher à atteindre le maximum de revenus qui permet de de pas payer d’impôts. Supposons que ses revenus d’intérêts et de dividendes dans ses comptes non enregistrés atteignent 5000 $ et qu’il lui reste un potentiel de 7000 $ de marge de manoeuvre avant de commencer à payer des impôts, il serait bête que Jack pige 25 000 $ dans ses économies provenant de comptes non enregistrés, ou pire, de ses CELI!


Il ne faut jamais perdre de vue que les REER et les gains en capital non réalisés contiennent des passifs potentiels, car Jack pourrait un jour devoir payer de l’impôt sur ces montants! Pour optimiser, Jack a ici deux choix : il peut vendre des actions ayant des gains en capital non réalisés ou retirer de l’argent de ses REER. Quoi? Retirer de ses REER à 42 ans! Scandale! Mais tous les conseillers financiers ne disent-ils pas de retarder le plus longtemps possible les retraits des REER? N’oublions pas que les conseillers financiers pensent en fonction de leur clientèle cible : des gens qui voudront 50 000 $ par an et plus à leur retraite, et non en fonction de Jack, qui a choisi une vie plus frugale et donc, des revenus de retraite possiblement beaucoup moins élevé que ses revenus lorsqu'il était employé.


Dans cette situation, il n’y a rien de mal à retirer des REER, au contraire : non seulement Jack peut-il retirer 7000 $ sans payer une cenne d’impôt*, mais aussi cela lui évitera-t-il d’en payer à 71 ans, quand Jack sera obligé par la loi de retirer un certain % de ses REER! L’autre option, pour Jack, est de vendre des actions de façon à engendrer un gain en capital qui lui fera atteindre son maximum de 12 000 $ de revenus imposables. Étant donné que les gains en capital sont imposés sur 50 % du gain, Jack peut donc réaliser un gain en capital de 14 000 $ (rappelons qu’il avait déjà des revenus de 5000 $). Supposons que Jack a des actions d’une valeur de 20 000 $, sur lesquelles il y a un gain en capital de 14 000 $. Jack pourrait donc utiliser les 5000 $ de dividendes et d’intérêts reçus dans l’année, utiliser l’argent de la vente des actions, et il paierait cette année-là 0 $ d’impôt, tout en se débarrassant d’un passif fiscal, car il a maximisé le 12 000 $ de revenus qu’il pouvait recevoir sans payer d’impôt.  

* à noter que l'institution financière pourrait effectuer une retenue à la source lors d'un retrait forfaitement et le verser au gouvernement et ce, au taux de 26% pour un motant de 5000 à 15 000 $. Dans notre exemple, cet impôt serait remboursé au moment de faire la déclaration de revenus.


Segment 2 : après 65 ans  

Situation financière hypothétique de Jack


Portfolio financier (excluant l’immobilier) : 650 000 $, répartis ainsi :
REER : 150 000$
CELI : 350 000$
Comptes non enregistrés : 150 000$


Les choses se corsent, car Jack commence à recevoir des revenus du RRQ et la pension de Sécurité de la vieillesse. Il prévoit qu’il recevra alors environ 11 000 $. De plus, Jack ne reçoit plus de dividendes ni d’intérêts dans ses comptes non enregistrés. En effet, pendant les 23 années qui se sont écoulées, les droits de cotisation au CELI de Jack ont augmenté de plus de 100 000 $ : il y a transféré peu à peu ce qui générait des revenus et n’a conservé que des actions qui généraient peu ou pas de dividendes dans son compte non enregistré. Comme il n’a jamais rien retiré de son CELI, celui-ci a également profité de 23 ans de rendements composés non imposables!


Bonne nouvelle, cependant : un nouveau crédit d’impôt s’ajoute, le montant en raison de l’âge! Jack pourra donc avoir un revenu supplémentaire de 6 800 $ sans payer d’impôt! Récapitulons : Jack recevra des revenus de 11 000 $ sur les 25 000 $ dont il a besoin. Il lui faut donc piger 14 000 $ dans ses économies. De plus, pour ne pas payer d’impôt, il a droit à environ 19 000 $ de revenus imposables, moins les 11 000 $ provenant des pensions, ce qui lui laisse une marge de manoeuvre de 8000 $. Comme lors de la phase 1, Jack peut alors retirer des REER et/ou vendre ses actions ayant des gains en capital non réalisés pour atteindre le maximum. À l’âge de 71 ans, Jack doit obligatoirement convertir son REER en FERR (c’est un peu comme un REER, mais avec d’autres lettres). La loi l’oblige également à retirer un certain montant de son FERR à chaque année. Ce montant est un % du montant de son FEER. Et c’est là qu’on comprend pourquoi c’était mauditement une bonne idée que de retirer une partie de ses REER à 45 ans, contrairement à l’idée répandue. En effet, à 71 ans, Jack doit retirer 5.28 % de son FERR. Pour éviter de payer des impôts et de retirer moins de 8 000 $, Jack ne doit donc guère avoir plus de 150 000 $ restant dans ses FERR/REER. 

Si Jack posséde un montant plus élevé dans son FERR, il devra alors retirer un montant qui lui fera dépasser le seuil où il paie des impôts. D’où la notion de passif fiscal qui peut tromper les gens sur la valeur réelle de leurs actifs. Dans la Partie III de cette série, je reviendrai sur cette notion de passif fiscal et les façons de réduire son impact. Si vous l'avez manquée, la Parti I est ici.

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