vendredi 13 mai 2016

Les pièges du matériel

Dans quelques jours, j'aurai 37 ans. Et plus les années passent, plus je réfléchis au sens des choses. Précoce crise de la quarantaine, me direz-vous? Je ne me prends pas pour Socrate ou un gourou de la croissance personnelle, mais c'est plus fort que moi, des fois, la vie me remet à l'ordre.


Bouddha & Light

Suffit que je file un mauvais coton qui dure, mettons, plus que trois jours pour que j'en conclue que j'ai quelque chose à régler avec ma petite psyché capricieuse et mon hamster qui y roule en permanence. Je planifie donc une rencontre au sommet avec moi-même, pis on jase les yeux dans les yeux.

Je tire toujours une conclusion récurrente de ces tête-à-tête : quand nous nous éloignons de notre être profond, quand nos valeurs et nos aspirations intimes ne sont pas en adéquation avec nos activités courantes, ça ne peut pas vraiment bien aller. Je le sais, vous le savez, tout le monde le sait, mais dieu que c'est difficile à mettre en pratique!

Magasiner pour compenser

L'ultime tentation dangereuse, quand on travaille fort, quand on bûche au boulot, c'est de se rabattre sur de l'achat de biens matériels pour compenser. L'achat devient alors la matérialisation concrète de l'effort, de la sueur, de la tâche faite à l'arrachée, de cette série de réunions quotidiennes qui tuent l'élan vital. Il est rassurant de tenir dans ses mains le fruit tangible de ses labeurs. Notez que j'ai l'air de moraliser ici, mais que je ne pense pas meilleure qu'une autre du tout : souvent, je suis tentée de céder au piège.

Centre commercial


Par exemple, il m'arrive d'avoir des rages de magasinage de vêtements. Pourtant, Mr. Jack, mon conjoint, pourrait témoigner que je pourrais habiller un village entier de dames de taille 4, et ce, pour toutes les saisons. Cela DÉ-BOR-DE chez moi, je l'avoue, d'accord, mettez-moi les menottes.

À ma décharge, je ne dépense jamais beaucoup à la fois, car je suis une excellente chasseuse d'aubaines textiles. J'ai l'art, dans toute boutique, de repérer le spot qui fourmille de bonnes affaires, et ce, à ma taille, de bon ton et en fonction de mes goûts. Bref, j'acquiers de superbes vêtements à des prix vraiment ridicules, entre autres parce que j'achète des intemporels, hors saison, qui ne prennent pas de rides avec les années. Je suis souvent complimentée à ce sujet.

Quand j'ai fait de belles acquisitions beau bon pas cher, je reviens à la maison pompée d'adrénaline et fière de mes bons coups, puis cinq minutes plus tard, je me rends compte que je n'ai plus de place pour les accrocher (d'ailleurs, pourquoi les cintres ne se reproduisent pas entre eux dans mon placard, ce serait si pratique?). En outre, mon Aimé, habitué à mes virées magasinage, me rappelle gentiment que le pôle de garde-robe est sous le point de s'effondrer (bien honnêtement, je pense qu'il a raison, mais je vous informe que je fais de la négation active à ce sujet).

Après l'élaboration, dans mon for intérieur, de quelques arguments pour me justifier - davantage pour me convaincre moi-même qu'autrui -, une conclusion inévitable me happe : j'ai un peu mal agi, j'ai compensé par mes achats. Comme une souris prise dans la trappe à fromage. Et là, l'adrénaline de tantôt en prend un coup, je n'ai plus de fun pantoute et, pire, je culpabilise. Alors je constate, encore une fois, que le plaisir de l'achat est si fugace... Encore là, je le sais, vous le savez, tout le monde le sait, mais dieu que c'est difficile à mettre en pratique!

Avouez que ça vous arrive vous aussi. Je pense qu'on a tous ses petits dadas. Et c'est correct, selon moi, dans la mesure où ça répond à un besoin concret lié à quelque chose qui fait vibrer l'être entier : par exemple, si vous êtes photographe, vous avez besoin de bien vous équiper, c'est légitime. Même chose pour la cuisine : j'adore cuisiner depuis années, mais, contrairement au domaine vestimentaire qui constitue ma faiblesse, j'ai toujours résisté assez bien aux petites gugusses censées faciliter la vie. Les mains représentent le meilleur instrument en cuisine, on tend à l'oublier de nos jours! ;)

Plus je vieillis, plus je prends intimement connaissance du fait que les choses les plus importantes dans ma vie, celles qui font le plus vibrer, ne coûtent rien ou presque. Plus je comprends également que je veux être complimentée ce que je suis et ce que je fais de bien, pas sur ce que j'ai.


Café

Au moment où j'écris ces lignes, je vois de ma fenêtre un cardinal à poitrine rouge. Un écureuil obèse est en train de grappiller quelques graines de tournesol tombées de la mangeoire. Je leur offre ma gratitude de m'avoir visitée. L'air est bon, c'est le printemps.

J'ai couru tout à l'heure en plein soleil sous le bord de l'eau, et les endorphines me shootent une belle dose de bonheur et de zénitude. Je suis revenue inspirée, vitalisée, aspirée vers le haut. Tout à l'heure, j'irai au piano pratiquer une pièce que je jouerai en duo avec mon violoncelliste d'amoureux.

Et je ne dépenserai pas.

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