dimanche 6 novembre 2016

Des pleurotes dans son sous-sol


Il y a une dizaine d'années, une amie nous avait laissé en héritage une "bûche" de pleurotes: il suffisait de l'arroser quotidiennement pour obtenir, après quelques jours, de beaux bouquets de succulents pleurotes frais! Vendus prêts à utiliser, ces kits, qui se vendent entre 20 et 40$, ne nécessitent aucune connaissance et sont presque garantis de produire. Il s'agit d'une expérience excitante, parfaite à réaliser en famille, car bien qu'au départ il faille un peu de patience (10-15 jours), quand les premières têtes de champignons se pointent le nez, elles poussent à une vitesse phénoménale, comme des champignons en somme!

Toutefois, avouons-le, après l'expérience initiale, le coût élevé ne justifie pas une utilisation régulière: bien que les pleurotes frais se vendent très chers à l'épicerie (de 20 à 30$ le kg), un kit d'environ 1kg à 20$ produira pour environ 8$ de champignons.

À l'époque, donc, j'avais consulté des références en mycologie et j'avais trouvé le tout un peu trop ambitieux pour ma motivation et j'avais laissé tomber. À la fin de la présente saison au potager, j'ai eu le goût de poursuivre les activités agricoles pendant la saison morte: allais-je ressortir ma lampe au sodium et faire pousser des tomates au sous-sol, comme je le faisais autrefois? Et je me suis souvenu des pleurotes. Alors je suis retourné faire mes recherches, j'ai lu beaucoup d'articles et de discussions de la phénoménale communauté des cultivateurs amateurs de champignons (je dois avouer que cette communauté est particulièrement intéressée par des champignons ayant d'autres propriétés que d'accompagner les pâtes), et ce que j'ai lu au sujet des pleurotes m'a encouragé! L'un des champignons les plus simples à faire pousser, selon certains. Le mycelium de pleurotes est agressif et se multiplie rapidement, selon d'autres. Il est possible de le faire pousser même sur du carton, des jeans ou du papier de toilette. Ce dernier exemple m'a séduit.

Alors j'ai décidé d'investiguer la culture du champignon, selon l'angle de Mr. Jack: une fine balance entre le maximum de résultats, un minimum d'effort et au coût le plus bas possible!

Il faut savoir qu'après les premières pièces d'informations initiales qui sont plutôt encourageantes sur la possibilité de faire pousser simplement et à bon prix des pleurotes à l'intérieur, on s'y perd rapidement dans la multitude de méthodes, les 'teks' dans le jargon, et leurs taux de succès relatifs. Transferts par grains, par spores, avec des seringues, directement avec des champignons achetés, méthodes de stérilisation ou de pasteurisation, choix de substrat: café, bran de scie, grains, carton, paille, choix du contenant...

Pour me faire patienter pendant mes recherches et pour me familiariser avec le processus (et, aussi, pour m'en servir comme source de mycelium pour certains de mes essais), j'ai acheté un kit chez IGA, La Jardinière (http://shamankit.ca/), pour 20$. Ce kit vient dans une jolie boîte et l'utilisation est très simple: on ouvre une petite fenêtre pré-découpée, on forme une incision dans le sac qui est à l'intérieur de la boîte, on laisse tremper le sac de plastique dans l'eau pendant une douzaine d'heures et on pouisch-pouisch avec le vaporisateur (inclus) deux fois par jour.




Dans mon cas, il s'est écoulé 14 jours avant que vois la moindre activité dans le sac. Les premiers signes ont été la formation d'un petit monticule qui, de très près, ressemble à un choux-fleur:



D'heure en heure, Mlle Jennie et moi observions attentivement l'évolution. J'ai presque pris congé du travail pour ne pas rater la naissance des mes bébés. Douze heure plus tard, on commençait à reconnaître le début de vrais champignons:



Le lendemain, ils étaient déjà des champignons (ohhhh ils sont si cute, s'exclame Mlle Jennie, et, je dois dire, moi aussi):



Les champignons doublent à chaque jour, jusqu'à maturité. Après 2 jours depuis les premiers signes, ils étaient nombreux à sortir de la boîte:



Après 3 jours, la forme des pleurotes est bien établie:



Au quatrième jour, ils étaient pratiquement prêts à être cueillis et à manger (ce qu'on a presque fait à contre-coeur, finalement. On s'attache à ces petites bêtes):



J'ai donc démarré une expérience scientifique. Au moment où j'écris ces lignes, j'ai 24 expériences en cours visant à multiplier du mycelium. Ces 24 expériences combinent plusieurs éléments: la méthode de stérilisation (au presto à haute température, ou par simple pasteurisation, ou rien du tout), la source initiale (de champignons achetés, d'un kit, d'une source mère achetée), le contenant (sacs de culture prévus à cet effet, pots massons, banals sacs de plastique, chaudières blanches de 5 gallons), les substrats (graines pour oiseaux sauvages, maïs concassé, marc de café, granules pour poêle à bois, carton, ainsi que des mélanges), variétés de pleurotes (jaunes, bleu, rose et autochtone au Québec).

Cette première expérience ne vise pas directement à produire des champignons, car la première étape est de produire une culture, une source de mycelium, que l'on multiplie à partir d'une autre source. Le mycelium, c'est comme un pommier, et le champignon, la pomme. Il faut d'abord faire pousser l'arbre avec de penser aux pommes.

Je reviendrai donc sur les détails de mes expériences et des résultats, mais pour vous donner une idée, voici une photographie de l'un de ces essais: une tentative osée de créer du mycelium à partir d'un champignon disséqué (je suis allé chercher la chair plus stérile à l'intérieur de pleurotes achetés à l'épicerie), que j'ai mis dans un pot mason rempli de grains d'orge cuit avec du marc de café, que j'ai pasteurisé. Le risque de contamination selon les experts est très élevé, car je n'ai pas stérilisé ce pot et ma source (le champignon acheté) n'est pas stérile non plus, mais jusqu'à présent, ça se passe plutôt bien et le mycelium a commencé à coloniser mon pot mason! Si l'expérience est un succès, à terme, le contenu devrait être entièrement blanc après 3-4 semaines de colonisation.





2 commentaires:

  1. Super ces expériences! Je vais être très curieux d'en voir le résultat.

    Nous avions déjà essayé une culture extérieure de champignon, mais sans succès. On s'y reprendra peut-être lorsque nous aurons un peu de temps!

    Il y a plusieurs choses que j'aimerais un jour essayer. Entre autre l'aquaponie, un mélange d'élevage de poisson et de culture hydroponique de légumes.

    Mais bon, vaut peut-être mieux commencer par les champignons!

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  2. Au printemps prochain, je pensais aussi essayer la culture extérieure, qui possède ses avantages, notamment, moins de travail (on laisse la nature faire) et une production sur plusieurs années après l'inoculation initiale. Mais c'est aussi semble-t-il beaucoup plus long (1 an et plus avant d'avoir les premiers résultats) et incertain (difficile de savoir où c'est rendu, contaminations et vermine). C'est aussi un peu pour éviter les déceptions que je diversifie mes méthodes, à terme j'aimerais une production autonome (aucun achat de mycelium), avec comme seul matériel à acheter sur une base régulière, des granules pour poêle à bois qui sont très bon marché et qui après utilisation seront très utiles au compost.

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